Entretien de M. Laurent Fabius avec « TV 5 Monde »

Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « TV 5 Monde » - extraits

Paris, 27/04/2014

(…)
Q - Concernant la Centrafrique, les violences continuent entre Chrétiens et Musulmans. Il y a des soldats français qui ont dû riposter jeudi soir d’ailleurs dans un quartier musulman de Bangui. Sept assaillants ont été tués par l’armée française. Dans ce contexte, est-ce que l’armée française restera encore longtemps en Centrafrique ?

R - En République centrafricaine, il y a à la fois des mauvaises et des bonnes nouvelles. Commençons par les bonnes. L’Europe a accepté d’envoyer sur place un certain nombre de soutiens militaires.

Q - Très subitement et très lentement.

R - Mais c’est mieux que rien. Et l’ONU a accepté, à la demande de la France et de la Centrafrique, de décider du lancement d’une opération de « maintien de la paix ». Près 12.000 militaires qui vont être envoyé sur place au mois de septembre. C’est indispensable parce que, s’il n’y a pas de sécurité, rien n’est possible.

En revanche, la situation reste très difficile. Certes on a évité ce qu’il faudra appeler un génocide mais les tensions restent très fortes entre d’un côté les Chrétiens et de l’autre les Musulmans. D’autres aspects sont bien sûr à prendre en considération. Les troupes, aussi bien françaises qu’africaines, jouent un rôle important pour séparer les combattants ou les belligérants mais ça reste très difficile. Il y a également un problème humanitaire considérable et la présidente, Mme Samba Panza, y fait face avec beaucoup de courage. Ce sera long, ce sera compliqué mais il faut bien comprendre que s’il n’y avait pas cette sécurisation, ce sont des dizaines et des dizaines de milliers de vies qui risquaient d’être menacées.

Q - Mais là aussi, la solution politique reste à venir ?

R - Bien sûr, il y a toujours trois côtés au triangle : 1) la sécurité ; 2) la démocratie ; 3) le développement. Si vous n’avez pas la sécurité, vous ne pouvez pas avoir la démocratie. Si vous n’avez pas la démocratie, vous ne pourrez pas durablement assurer la sécurité et le développement. La position de la France, c’est d’essayer de favoriser ces trois côtés du triangle.

Q - Alors, on parlait de la solidarité européenne en la matière en Centrafrique. On a quand même l’impression que la France ne parvient pas à convaincre ou difficilement en tout cas ses alliés, ses partenaires européens.

R - Nous essayons de convaincre nos partenaires. Nous y arrivons souvent, pas toujours. Mais ce n’est pas simplement l’Afrique qui est en jeu, c’est nous-mêmes. Quand on parle, du Mali, de la Centrafrique, de la Lybie ou de la Tunisie, ces pays ne sont pas loin de l’Europe. À chaque fois, ce sont des situations différentes mais je dis parfois à mes collègues, que si vous n’agissez pas par solidarité, agissez au moins par égoïsme parce que de toutes les manières, vous êtes concernés. Nous, Français, disons : l’Afrique est proche et nous sommes à ses côtés, ce sont nos partenaires et nous devons les aider.

Q - Ils commencent à l’entendre, ce message ?

R - Les Européens et les Africains sont tout à fait d’accord.

Vous avez constaté que les interventions françaises ont été en général très bien reçues. Certains partenaires européens souhaiteraient davantage s’occuper de l’Est. Il faut s’occuper de tout. Bien sûr, on parlait de l’Ukraine, il y a à l’Est des pays dont nous devons nous occuper, l’Europe mais notre bord Sud, l’Euro Méditerranée, l’Euro/Afrique. C’est essentiel et il faut aussi à avoir à l’esprit que ce n’est pas simplement par générosité. L’Afrique est un continent magnifique qui va se développer d’une façon extraordinaire et il faut l’aider à se développer.

publie le 05/05/2014

haut de la page