Intervention de L. Fabius au Sénat

Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, au Sénat

(Paris, 8 janvier 2014 - Extraits)

S’agissant de la République centrafricaine, je rappelle que le pays sombrait. On nous reproche de n’avoir pas agi assez vite, mais le président de la République avait alerté l’ONU dès le mois de septembre sur la situation dans le pays ; il a été le premier à prendre une décision. La veille, 1.000 morts avaient été recensés. Sans notre intervention, il aurait pu y en avoir beaucoup plus, 50.000 peut-être ?

Lorsqu’un pays ami se trouve en difficulté et requiert votre intervention, on ne peut détourner le regard. Nous ne nous substituons pas pour autant aux Africains. Nous apportons un soutien sécuritaire à travers notamment le désarmement, et la protection de l’aéroport humanitaire, et une aide à la transition démocratique. Une élection ne suffit pas à régler les problèmes, mais rien n’est possible
sans elle.

Il n’y a aucune contradiction entre la présence de la Misca et une opération de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Cette dernière n’interviendrait que dans six mois, et aurait un rôle complémentaire à celui de la Misca l’organisation des élections par exemple. Le moment venu, les casques bleus seront pour l’essentiel africains.

De leur propre aveu, les pays africains n’ont pas, pour la plupart, les moyens de régler les crises eux-mêmes : cela suppose des moyens matériels et un état-major ; dans ces pays, cela n’est pas évident. On appelle la France parce qu’elle est efficace et qu’on l’aime. La seule manière de sortir de la contradiction est de bâtir une force interafricaine, comme le propose l’Union africaine pour 2015.

Nous serions seuls au sein de l’Europe ? Nous avons abordé très souvent la question avec nos partenaires avant notre intervention au Mali et en Centrafrique. L’Europe de la défense n’existe pas. Nous le regrettons mais c’est un fait. Il y a des unités qui, sur le papier, peuvent réunir 1.500 soldats. Pour le semestre qui vient, c’est la Grande-Bretagne qui en assure le leadership. Or celui qui a le leadership assume les frais. Quand nous avons consulté nos amis anglais sur l’intervention en République centrafricaine, ils ont répondu que cela était trop cher et trop européen. S’agissant des autres pays européens, certains ne disposent pas des troupes adéquates, d’autres ont des difficultés avec leur parlement, d’autres encore ne veulent pas participer... On peut le regretter mais il s’agit de la réalité. Le président de la République et moi-même n’avons pas désarmé.

Nous aurons une réunion ministérielle le 20 janvier avec un rapport de Mme Ashton afin de trouver des solutions à court et moyen terme à la crise en RCA. Je vous en fais l’aveu : je ne peux à moi seul convaincre tous nos partenaires de la nécessité d’une défense européenne.(…) ./.

publie le 10/01/2014

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