La France va augmenter le nombre de soldats en RCA

Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec « LCI-Radio Classique »

Paris, 18 Février 2014

(…)

Q - Parlons de la Centrafrique. La présidente intérimaire réclame évidemment une installation des troupes françaises sur un long terme, plus d’un an maintenant. D’abord est-ce que vous confirmez que cela pourrait être le cas, et est-ce qu’il faut, comme le réclame le président voisin du Congo, qu’il y ait plus de troupes en urgence, en rappelant que sur place il y a les Français et la MISCA ?

R - Il y a les Français et la MISCA. Les Français sont au nombre de 1.600 et le président de la République a décidé l’envoi de 400 hommes supplémentaire. Il y aura donc 2.000 soldats français. L’effectif des forces africaines de la MISCA est en train d’augmenter pour atteindre 6.000 soldats. Nous avons par ailleurs obtenu - et cela demande une action diplomatique très ferme - le concours des Européens. Mme Ashton, la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a dit qu’elle pourrait obtenir 1.000 hommes, bien formés, bien équipés, au mois de mars ; c’est très important. Cela va nous donner une capacité supplémentaire.

Q - Et sur la durée du mandat ?

R - Nous avons demandé de passer sous « Casques bleus », c’est-à-dire que ce serait une opération de l’ONU, parce que cela va demander l’installation permanente de troupes. Il y aura dans ces troupes des Africains, bien sûr, ainsi que des soldats non-africains. Le chiffre qui a été cité par l’ONU et par M. Sassou-Nguesso, dans une interview parue ce matin, est de 10.000 hommes. Il faut y arriver.

Q - Il s’agit donc quasiment d’une installation permanente, parce qu’il va falloir assumer les élections, puis qu’un nouveau pouvoir se mette en place, puis qu’on règle la question des rivalités entre les chrétiens et les musulmans.

R - La République centrafricaine va faire partie des pays dans le monde où, pour reconstituer un État, il faut que l’ONU intervienne. C’est le rôle des Nations unies et la France prendra sa part. La France a été la première à intervenir.

Q - Ce devait être une opération de police sur six mois...

R - J’ai dit, dès le début, que nous intervenions parce que nous étions en situation de quasi génocide. Nous sommes intervenus près de quatre heures seulement après que les Nations unies nous en aient donné l’autorisation le 5 décembre. Nous n’intervenons pas s’il n’y a pas d’autorisation internationale.

La veille de cette intervention, il y a eu près de 1.000 morts dans le pays. Nous avons empêché ce quasi génocide. En même temps, il faut tout reconstruire, c’est très lent, très lourd et il faut non seulement des hommes, sur le plan de la sécurité, mais aussi des moyens considérables sur le plan humanitaire. Il est également nécessaire de préparer la transition politique. Mme Samba-Panza, que j’ai rencontrée, est tout à fait remarquable, mais elle est une présidente de transition, il va falloir donc préparer les élections.

Q - Mais soyons francs, nous sommes là pour très longtemps.

R - On n’imagine pas qu’au moment où l’opération de maintien de la paix s’installera, les Français passent de 2.000 à 0, mais nous n’avons pas vocation à rester en permanence là-bas.

Q - On va y rester plus d’un an.

R - Notre intervention a commencé au mois de décembre. Auparavant, nous avions près de 300 hommes sur place. Je pense que nous resterons, y compris au début de l’opération de maintien de la paix.
(...)./.


Conseil de Défense restreint #Centrafrique - Communiqué de la Présidence de la République

Paris, 14 février 2014

Le Président de la République a réuni le 14 février 2014 un Conseil de Défense restreint.

Le Conseil a rappelé les objectifs de l’opération militaire Sangaris : contribuer, avec la force africaine MISCA, à faire cesser les massacres, à prévenir les crimes de guerre, à rétablir la sécurité de la population. Tous les ennemis de la paix seront combattus. Il n’y aura pas d’impunité pour ceux qui ont commis des crimes.

Le Conseil a pris en considération l’appel du Secrétaire Général des Nations unies, M. Ban Ki Moon, à une mobilisation de la communauté internationale, ainsi que la décision de l’Union européenne d’engager une opération militaire en Centrafrique.

Le Président de la République a décidé d’y répondre en portant temporairement à 2 000 les effectifs militaires français déployés en Centrafrique. Cet effort supplémentaire de 400 hommes comprend le déploiement anticipé de forces de combat et de Gendarmes français qui participeront ensuite à l’opération militaire de l’Union Européenne dès son déploiement.

La France appelle la communauté internationale à une solidarité accrue à l’égard de la Centrafrique. Elle demande au Conseil de Sécurité des Nations Unies d’accélérer le déploiement d’une opération de maintien de la paix. Elle appelle l’Union Européenne à accélérer le déploiement de la mission EUFOR, y compris la Force de gendarmerie européenne. Elle salue la mobilisation des participants africains à la MISCA et souhaite qu’un soutien plus important soit accordé à la mission africaine, pour lui permettre d’être plus mobile.

La France appelle également la communauté internationale à agir face à l’urgence humanitaire en RCA. C’est un devoir impérieux de solidarité.


Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, et de son homologue danois - Propos de M. Fabius

Paris, 14 février 2014

Q - Pour la République centrafricaine où la situation est assez alarmante, M. Ban Ki-moon a réclamé, en particulier à la France, des troupes supplémentaires. Plusieurs ONG se sont alarmées de l’exode massif des musulmans et des massacres qui concernent les enfants. Il y a eu ce matin un conseil restreint de défense et M. Deby est à Paris. Est-ce que des choses nouvelles sont en cours concernant la Centrafrique ?

R - La situation est effectivement préoccupante en Centrafrique. Le ministre de la défense s’y est rendu ainsi que dans d’autre pays voisins. J’ai aussi pu rencontrer la présidente, Mme Samba Panza, qui est une femme remarquable. Un certain nombre d’évolutions se sont produites ces derniers jours. Le secrétaire général des Nations unies nous a lancé un appel. Un conseil de défense s’est également tenu ce matin. Il a permis de définir la position de la France par rapport à ces évènements. Le président de la République a pris un certain nombre de décisions.

Q - Par rapport à la RCA, selon Amnesty international et aussi l’envoyé de l’ONU, les forces françaises et africaines sur place ne sont pas suffisantes. Est-ce que l’on attend maintenant les forces européennes pour venir en renfort ou espère-t-on améliorer la situation ?

R - La France a été la première, il y a déjà quelque mois, à appeler l’attention de la communauté internationale sur la situation en Centrafrique. Nous avons demandé aux Nations unies de prendre les décisions nécessaires pour qu’il puisse y avoir intervention. Le lendemain où cette autorisation a été donnée, la France est intervenue aux côtés des forces africaines de la MISCA. Tout le monde reconnaît que si la France n’était pas intervenue, un véritable massacre de masse aurait été commis. Même les Nations unies ont parlé d’une situation pré-génocidaire. Tout le monde rend hommage au travail qui a été effectué par les Africains et par la France pour intervenir.

La situation est très difficile sur le plan humanitaire et il va falloir aussi préparer la transition démocratique. Nous nous sommes entretenus ces derniers jours avec le secrétaire général des Nations unies. Ce dernier a souhaité que des efforts supplémentaires soient faits. Ainsi l’Europe a décidé d’intervenir. Un travail de génération de forces est actuellement en cours, qui demande à chaque pays d’évaluer combien de troupes ou quel appui il peut apporter. D’ores et déjà, quelques pays ont annoncé des contributions. Ainsi nos amis polonais ont annoncé qu’ils enverraient 150 hommes. Nous parlons au final d’une contribution de plusieurs centaines d’hommes. D’autres contributions devront être apportées sous des formes logistique et matérielle.

S’agissant de la MISCA, les troupes africaines sont déjà très nombreuses (près de 6.000 hommes) mais elles ont des difficultés de transport. Des efforts supplémentaires peuvent être faits. On compte également des problèmes à régler. Ainsi les salaires ne sont pas payés et les pays voisins ont pris un certain nombre d’engagements. Le FMI et la Banque mondiale peuvent aussi intervenir. Il y aussi le renfoncement du BINUCA, le bureau des Nations unies, qui s’occupe de tous ces problèmes et qui doit renforcer sa présence très rapidement. Des sanctions doivent aussi être prises, et cela demande l’intervention des Nations unies.

Le président de la République a appelé, hier, M. Ban Ki-moon. Le conseil de défense restreint qui s’est tenu ce matin a rappelé la position de la France et ce qui est nécessaire pour que la situation s’améliore de manière très urgente. (...)./.


Audition de M. Le Drian devant la Commission de la défense nationale et des forces armées du Sénat

Paris, 4 février 2014

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publie le 21/02/2014

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